• DESCRIPTION

    Le « nouvel » orgue d'Enghien provient de la Marienkirche de Bielefeld-Neustädt, l'église protestante principale de cette ville de Rhénanie-du-Nord-Wesphalie. Datant de 1970 et doté de 47 jeux pour trois claviers et pédalier, cet instrument passe pour être le plus grand (1) réalisé par le facteur d'orgues DETLEF-KLEUKER dont l'atelier se trouvait à seulement cinq kilomètres de cet édifice. Nul doute que cet orgue dut donc lui faire office de carte de visite.

    Selon Wikipédia :

    « Hans-Detlef KLEUKER était le fils d’un professeur d’enseignement secondaire établi à Flensbourg. Il fit son apprentissage de la facture d’orgue auprès d’Emanuel KEMPER [à Lübeck] dont il fut l’employé de 1947 à 1954. En 1955, il réussit l’examen de maîtrise et s’installe à son compte à Brackwede (banlieue de Bielefeld). En trois décennies, il construisit 350 orgues exportés dans 20 pays, devenant l’une des manufactures d’orgues les plus importantes du Nord de l’Allemagne.

    Après le demi-échec en 1953 de la construction de l’orgue de l’église luthérienne de Sankt Peter-Ording (dont les sommiers « Unit » à électro-aimants individuels s’avérèrent peu fiables), Detlef KLEUKER développa un type de sommier à registres peu sensible aux variations météorologiques, utilisant le Pertinax ou le bois (massif ou contreplaqué) imprégné de résine. Il employa aussi des alliages légers tels que l’aluminium pour les soupapes et la traction des notes. Dans ses dernières années, il revint aux matériaux traditionnels, les nouveaux s’avérant peu durables.

    Son style de facture était librement inspiré de la facture baroque d’Allemagne du Nord, vue à travers le prisme déformant de l’Orgelbewegung. Ses buffets étaient plutôt modernes et anguleux, alors que les compositions (listes de jeux) étaient plutôt traditionnelles. Il était aussi assez demandé comme restaurateur d’orgues.

    En 1986, Siegfried BÄUNE prit la direction de la manufacture qui fut transformée en SARL, mais cessa ses activités en 1991-92.

    Detlef KLEUKER connut une certaine notoriété en France lorsqu’il fournit, en 1963, l’orgue de l’église évangélique allemande de Paris (rue Blanche), de style « nordique ». Vingt ans plus tard, il fut de nouveau remarqué lorsqu’il construisit des orgues suivant les préceptes de Jean GUILLOU, à commencer par l’orgue personnel de ce dernier. »

     

    DESCRIPTION

     

    C’est ainsi que KLEUKER est souvent associé au nom de GUILLOU (18.4.1930 - Angers (France) -  26.1.2019 - Paris), par référence aux instruments réalisés selon ses principes, ceux de :

     

    Mais celui d’Enghien est d’une structure bien plus conventionnelle et assez représentatif des « trois claviers » d’une quarantaine de jeux que construisit KLEUKER entre 1963 et 1972 (Hanovre, Berlin-Schöneberg, Kiel, Neuss, Neuwied, Berlin-Moabit, Saarbrücken, Munich, Hamburg-Lokstedt, Hamburg-Altona), combinant des Hauptwerk et Brustwerk (ou Positif-pectoral) (2) librement inspirés de l’orgue allemand nordique, de même que le clavier de pédale très développé, avec un Schwellwerk tendant vers le Récit expressif néoclassique.

    Dans le cas présent, le Schwellwerk est implanté en haut du soubassement, de part et d’autre du
    Brustwerk. Vu la hauteur de ce soubassement, ce Brustwerk se trouve à une distance suffisante de l’organiste pour ne pas l’assourdir, défaut de nombreux Brustwerk, tout en étant encore suffisamment proche pour qui veut l’utiliser en musique de chambre. Vu la présence d’un accouplement Sw/Bw, il peut aussi servir de plan de puissance sonore intermédiaire entre le Hw et le Sw, d’autant plus qu’on a eu la bonne idée de le faire correspondre au deuxième clavier. À l’étage supérieur du buffet, les plate-faces sont garnies de tuyaux appartenant au Hauptwerk qui occupe toute la partie centrale, tandis que les tuyaux postés en avant des tourelles font partie de la pédale qui est logée dans les tourelles extérieures.

     

    DESCRIPTION

     

    C’est la MANUFACTURE D’ORGUES SCHUMACHER d’Eupen qui fut chargée de procéder au démontage de l’instrument à Bielefeld – il débuta le 29 août 2016 – puis à son installation à Enghien.

    À noter que lors de la construction, certains éléments de la charpente métallique durent apparemment être soudés sur place, mais pour le remontage à Enghien, on a privilégié l’assemblage boulonné. De même, quelques éléments du buffet qui avaient été collés sur place ont dû être sciés pour ensuite être réassemblés de manière plus traditionnelle.

    Mais avant d’être remonté à Enghien, l’instrument a été entièrement nettoyé et révisé en atelier, avec pour principales opérations :

    • renouvellement des éléments usés par le temps, tels que les peaux des réservoirs-régulateurs intégrés aux sommiers ou celles des soupapes ;
    • révision et renouvellement au niveau du tirage électrique des jeux afin de le mettre aux normes de sécurité actuelles, et pour doter aussi l’instrument des possibilités d’un combinateur moderne, ce qui a entraîné une certaine réorganisation des commandes à la console, tant au niveau des pistons aux pieds et qu’à celui des poussoirs aux mains ;
    • la tuyauterie étant dans l’ensemble de très belle qualité, seuls les tuyaux de façade et les grands tuyaux à bouche intérieurs ont eu besoin de soins tels que redressage et remplacement de pointes de pieds affaissées. Les grands tuyaux de façade ont été suspendus à une structure métallique pour éviter tout affaissement ultérieur.

     

    Pour ce qui de l’harmonisation, laissons la parole à Guido SCHUMACHER : « Comme cet instrument constitue un témoignage important de la facture de Kleuker et que, d’une part le volume de l’église de Bielefeld est très proche de celui d’Enghien, et d’autre part qu’il est situé quasiment au même endroit dans l’église, l’harmonisation d’origine a été respectée et seulement égalisée en gardant l’équilibre des plans sonores, de même que la couleur des différents jeux. »

     

    COMPOSITION DE L'INSTRUMENT : cliquer ICI.

     

    Notes :

    (1) Cet orgue est plusieurs fois mentionné comme étant le plus grand de KLEUKER, mais c’est oublier celui de la Gedächtniskirche der Protestation à Speyer, datant de 1979, de VP/95, même s’il reprend des jeux et la façade de l’instrument précédent.
    (2) Dans certains des KLEUKER cités, le Brustwerk est remplacé par un Ruckpositiv.
    (3) G. SCHUMACHER, op. cit.

    Sources : Luc de Vos - Revue L'Organiste - n° 199 - 2018/3 - pp. 128-131. D’après : Detlef Kleuker, sur : Wikipédia.de et Wikipédia.fr - Guido SCHUMACHER, L’orgue monumental Detlef Kleuker, http://grandorguekleukerenghien.eklablog.com-Visite le 20.11.2018.

    Photos : Luc De Vos - Revue L'Organiste - n° 199 - 2018/3 - pp. 128-131.

     

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